interview ping-pong : La transition énergétique & les jeunes


Publié le 17-05-2021 à 17:09

Le débat “jeunes vs experts” était ludique et instructif. Après avoir joué le jeu du débat télévisé face à 3 experts et 1 ministre, nous retrouvons trois des jeunes qui bousculent nos façons de faire sans langue de bois. Partons à la rencontre d’Emeline Baert, de Simon Meert et de Loïc Perrin. #lavenircestmaintenant







GRE-Liège : Le coût de la transmission énergétique est estimé par l’Europe à 11.200 milliards d’euros d’ici 2030. Comment décodez-vous ce chiffre ?

 

Loïc Perrin : Quand je vois l’actualité récente, avec les mesures budgétaires annoncées par Joe Biden, je me demande quand même si notre petit plan européen à nous est assez ambitieux. A priori, cela me semble un peu faible. 5000 milliards pour la relance américaine...et 750 milliards chez nous. J’espère que l’UE n’est pas en train de rater l’occasion de proposer un « new deal » européen...  Je pense que de telles dépenses sont nécessaires. Le coût de l’inaction serait à la fois bien plus important...mais également, d’autant plus préoccupant, qu’il serait laissé à charge des générations futures.

 

Emeline Baert : J’avoue que je ne me sens pas suffisamment informée pour pouvoir réellement juger ce genre de chiffre car je pense que le sujet est très complexe et seules les personnes actives dans le secteur ont un avis pertinent, selon moi. La transition énergétique est très complexe. D’un côté la Belgique est incapable de satisfaire la demande actuelle rien qu’avec des énergies renouvelables mais de l’autre, l’urgence se fait de plus en plus ressentir. Pour répondre à la question, le seul jugement que je pourrais émettre est que, de toute manière, on investit encore trop peu pour réellement avoir de l’impact et pour respecter l’Accord de Paris et son horizon 2030.

 

 

GRE-Liège : Toutes ces décisions d’investissements auront un impact sur votre avenir … selon vous, qui va payer la transition énergétique ?

 

Simon Meert : Personnellement, je pense qu’il faut aller chercher de l’argent là où il est. Il y a plein d’argent sur les comptes d’épargne des belges. En termes de production d’énergie renouvelable, je pense qu’il y a un réel enjeu à créer de nouvelles initiatives locales de production d’énergie verte, grâce par exemple à l’éolien, bien que d’autres systèmes existent également (eg : centrale hydroélectrique). Dans ce contexte, la formule coopérative, où les actionnaires (les coopérateurs) et les clients (les mêmes coopérateurs), est à mon sens particulièrement pertinente. En effet, en plus de favoriser la production locale d’énergie renouvelable, la coopérative énergétique ouvre également la porte à des démarches d’incitation à la réduction de la consommation initiée par l’entreprise elle-même, une pratique totalement absente des opérateurs classiques. En plus de ces démarches privées, on pourrait également imaginer une émission d’ obligations « vertes » publiques afin de créer un mouvement citoyen en Belgique et de permettre des investissements supplémentaires à ceux prévus par les fonds européens. Finalement, taxer les plus grosses fortunes ou les plus-values sur le capital sont des possibilités pour permettre le financement de la transition énergétique, mais cela reste une issue compliquée. Cela n’est pas du tout étonnant puisque, dans la plupart des cas aujourd’hui, le capital a un pouvoir de décision et d’influence supérieur à celui des gens. Que faire donc ? Être courageux et modifier les règles du jeu, comme dans la formule coopérative par exemple où la prise de décision est régulée par le principe « 1 membre = une voix ».

 

Loïc  Perrin : D’abord, il y a des projets qui me motivent beaucoup. Prenons l’exemple de la nouvelle banque NewB. Ce genre d’acteurs peut jouer un rôle clé dans la transition. C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que j’observe le développement de banques éthiques et durables, qui font attention aux projets d’investissements, et qui fonctionnent selon le système 1 personne = 1 voix, comme le décrit Simon. Réorienter nos investissements, c’est vraiment crucial ! Un autre dossier important, c’est la question de la lutte contre la fraude fiscale. On estime que ce sont près de 30 milliards par an qui ne rentrent pas dans les caisses de l’Etat belge. Pour que l’on ait une transition juste, il faut aussi une imposition juste.

 

Emeline Baert : Je pense qu’il faut revoir nos priorités. Il est temps de voir la vérité en face et d’arrêter de croire que l’État a un flux infini d’argent. On ne peut pas demander un salaire minimum pour tous, être remboursé pour tous nos frais médicaux, pouvoir prendre 6 mois de congés payés ou encore réclamer une retraite à 60 ans, tout en demandant à l’État d’investir pour l’écologie. C’est impossible. Notre système n’est pas adapté au monde qui nous entoure (il ne prend pas en compte les externalités par exemple). Il faudra faire des choix et accepter que la transition écologique (et énergétique) c’est aussi revoir sa définition de confort. Personnellement, je suis prête à voir ma retraite n’arriver qu’à 70 ans, si c’est pour permettre à nos gouvernements d’investir dans la transition.

 

GRE-Liège : Indépendamment du financement de la transition énergétique, quels impacts celle-ci aura-t-elle sur votre avenir?

 

Simon Meert : Tout d’abord, il faut arrêter de se focaliser uniquement sur la transition au niveau de la production. Il faut également agir sur la consommation … Je trouve que ça fait tellement d’années que l’on parle de cette transition, des problèmes liés au changement climatique… mais ma vie de tous les jours, elle n’a pas tellement changé ! On compte trop sur la bonne volonté des gens. Or il y a une urgence de réagir ! Pour moi, l’état doit agir « en bon père de famille », même si je n’aime pas l’expression,  et prendre des décisions pour le collectif sans se laisser influencer par les grands lobbys dont les intérêts restent souvent strictement économiques. Ces décisions ne sont pas faciles pour l’individu mais elles seront, in fine, positives pour la société dans son ensemble, les générations présentes et futures.  Personnellement, je ne me sens pas assez contraint. J’en ai marre que collectivement, on attende que les gens, par leur simple bonne volonté, apportent du changement. Cela ne serait jamais suffisant.

 

Loïc  Perrin : Sur le rôle de l’état, je suis d’accord. Si on compare les prix des billets internationaux de train et d’avion, le train se révèle souvent être très peu abordable financièrement ! Ce n’est pas normal. J’espère que les Etats européens mettront sur pied une taxation sur le kérosène. A côté du geste du citoyen, il ne faut donc pas oublier qu’il y a un rôle politique dans la gestion de la collectivité. De nombreux outils incitatifs, coercitifs, ... sont à disposition des représentants, et ils doivent être employés.

 

Emeline Baert : Je suis totalement l’idée de Simon ! Il faut revoir notre mode de consommation public et personnel. Quand je vois toutes ces enseignes qui allument leur néons/luminaires toute la nuit, ça devrait être interdit depuis longtemps. Mais le côté personnel du citoyen a autant d’importance. Il faut motiver les gens à réduire leur consommation, certes, mais vient le moment où on ne peut plus attendre qu’ils agissent par eux-mêmes. Imposons des limites ! 

 

GRE-Liège : Quel est le message central que vous avez envie de faire passer aux politiques ?

 

Emeline Baert : Finalement, je pense que j’ai très peu à leur dire parce que j’ai décidé d’arrêter de me frustrer avec leur inaction ou action insuffisante. Je saisirai chaque occasion de discuter avec eux et je ferai tout mon possible pour faire entendre la voix des jeunes. Mais personnellement, j’ai compris que le meilleur moyen de faire changer une grosse entreprise ou un politique, c’est en changeant mon mode de consommation. Le terme de « consom’acteur » a une définition particulièrement puissante. Les entreprises et les politiques n’ont pas pour vocation de polluer ou de détruire notre planète. Les entreprises veulent uniquement de l’argent et les politiques, du pouvoir et se faire réélire. C’est en se tournant vers du plus responsable que le reste suivra.

 

Simon Meert : J’ai deux messages. Premièrement, j’ai particulièrement apprécié le processus de convention citoyenne pour le climat proposé en France. Je pense que l’on doit travailler de façon similaire ici en Belgique en essayant de donner la parole aux gens. Et ce, afin que les discussions ne restent pas cloitrées dans les assemblées parlementaires ; que les citoyens puissent se sentir concernés et apporter des solutions concrètes en lien avec leurs réalités. Deuxièmement, penser que la technologie va pouvoir résoudre nos problèmes, c’est soigner les symptômes plutôt que la cause de la maladie, c’est-à-dire nos modes de vie non-soutenables. Il faut que les gens réalisent une chose : ce n’est pas contre le changement climatique que l’on doit se battre, mais contre nos propres habitudes de vie.

 

Loïc Perrin : Je suis bien d’accord !  Continuer à rouler en SUV en se reposant sur le fait qu’une « potentielle » machine à captation de CO2 va être inventée, cela n’a aucun sens. Changeons de paradigme : l’intelligence collective est une force motrice que l’on ne doit pas négliger.  De plus, je rejoins aussi Simon sur l’aspect participatif. C’est un message que nous portons avec le Forum des Jeunes (porte-parole des jeunes belges francophones de 16 à 30 ans). Aujourd’hui, une grande majorité des jeunes ne se sent plus représentée par le monde politique. Pour que la transition se déroule de la meilleure façon possible, il est nécessaire de donner la possibilité à tout un chacun de participer au débat public. Il faut recréer un lien entre les représentants et citoyens. En tant que jeune, j’espère aussi qu’une « stratégie jeunesse » va être mise en place en Fédération Wallonie-Bruxelles. Aujourd’hui, la politique pour la jeunesse est une compétence communautarisée. Pourtant, tout une série de domaines de compétences des autres niveaux de pouvoir (l’emploi, le climat, ...) concernent directement les jeunes et leur avenir. J’espère donc qu’une stratégie transversale et une conférence interministérielle pourront être mises en place.

 

GRE-Liège : Donner la parole aux jeunes : ça vous parle ?

 

Emeline Baert : En fait, je pense qu’ici, il n’y a même pas de débat. Nous sommes concernés donc nous devons être entendus. Pour faire le lien avec ce qui a déjà été dit, je pense que les politiques ont conscience que nous sommes les consommateurs de demain. C’est la raison pour laquelle nous sommes plus ou moins pris en considération actuellement, il me semble. Cependant, nous ne sommes pas encore suffisamment écoutés et c’est la raison pour laquelle je suis personnelle fière et heureuse d’avoir un mandat au Forum des Jeunes en tant que déléguée Climat à l’ONU. C’était la meilleure manière pour moi d’aider à faire entendre ma génération !

 

Loïc Perrin : C’est une question de valorisation. J’échange beaucoup avec des jeunes de mon âge qui ont l’impression de ne pas être considérés comme des interlocuteurs valides dans le débat public, d’être dans une « position faible ».  Or, un bon débat public fonctionne selon le principe d’égalité ! Les jeunes doivent pouvoir participer au débat, sans être systématiquement traités comme « des personnes à éduquer ».  Et encore une fois, il y a un rôle politique considérable. La mise en place d’assemblées citoyennes, le dialogue direct avec les représentants, ou l’élaboration de budgets participatifs sont des outils qui permettent de garantir l’inclusion du plus grand nombre dans les discussions. Il faut désacraliser les institutions (européennes, fédérales, régionales, ...) en montrant qu’elles appartiennent aux gens, que ce sont leurs institutions.

 

Simon Meert : La participation citoyenne, notamment celle des jeunes qui sont certainement les plus durablement concernés par les enjeux actuels, est effectivement un moyen de mobiliser les gens.  Si, in fine, cette parole ne se traduit pas directement dans un texte de loi, je pense que le fait d’initier un dialogue est déjà une bonne chose en soi.

 

GRE-Liège : Quel moyen de participation vous semblerait adéquat ? Le processus des Ateliers du GRE-Liège par exemple qui mêlent des experts, des gens de terrain, des décisionnaires institutionnels ?

 

Simon Meert : Nous venons de participer au débat « Alors on change ? L’avenir c’est maintenant ! ».  C’était vraiment très compliqué car on a touché à beaucoup de sujets liés de près ou de loin à la transition énergétique. Personnellement, j’aurais préféré passer une heure de discussion en oubliant les caméras et pouvoir avoir un vrai débat sur un sujet précis pour lequel j’aurai été préparé.  Il nous faut le temps d’aller vraiment au fond du sujet et nous laisser aussi le temps de préparer le sujet, d’analyser des études, se renseigner, etc.

 

Loïc Perrin : J’adorerais participer à ce genre d’initiatives, et je pense que de nombreux jeunes sont demandeurs de pouvoir s’exprimer. Il n’y a pas un déficit d’engagement chez les jeunes, contrairement à ce que l’on laisse parfois penser.   En ce qui concerne le Forum des Jeunes, le grand avantage que l’on a, c’est que l’on touche une très grande diversité de jeunes. Nous réalisons des consultations qualitatives et quantitatives, qui permettent d’alimenter les plaidoyers que nous portons auprès des politiques.  

 

GRE-Liège : C’est difficile d’ouvrir un maximum. Il y a un gap générationnel … Comment se rencontrer ?

 

Simon Meert: Je pense que la première étape est de combler le gap « informationnel » relatif aux enjeux actuels (ex : les rapports du GIEC). J’attends donc avec impatience un master plan public de formation et d’éducation pour la population : qu’est-ce qui nous attend, quels sont les enjeux sociétaux liés à la transition énergétique, qu’est-ce c’est que le mix énergétique, … Les gens ne sont simplement pas au courant et je me demande même si les politiques s’informent assez bien sur ces sujets… Malheureusement, il est difficile aujourd’hui de communiquer via les réseaux sociaux. Il y a tellement de contenus qu’il devient presqu’impossible d’aller chercher les gens, surtout sur ces thématiques. Je lisais récemment des statistiques expliquant qu’actuellement 50 vidéos toutes les 6 secondes étaient postées sur Instagram. Il va falloir imaginer autre chose, et mobiliser les gens en vrai, pas que sur instagram et tiktok.

 

Loïc  Perrin : Pour ce qui est de la communication, je pense qu’elle doit être co-construite avec les jeunes. Beaucoup de représentants communiquent encore sur Facebook … alors que les jeunes n’y sont plus. Il faut donc trouver de nouveaux canaux de communication. Par exemple, l’association Civix a développé une plateforme (politix.be) qui vulgarise les grandes décisions politiques sous forme de courtes vidéos. L’espace de communication est ainsi adapté au public cible. Un autre exemple qui me vient à l’esprit est celui du présentateur Samuel Etienne, qui fait des revues de presse sur Twitch . J’ai des amis qui ne s’intéressaient pas à l’actualité, mais qui maintenant, regardent pendant parfois plusieurs heures un journaliste qui leur lit les infos !

 

Maintenant, ce n’est évidemment pas qu’une question de communication. Il faut aussi mettre en place des dynamiques de participation, comme nous en avons déjà parlé, qui revalorisent les jeunes pour ce qu’ils sont : des experts de leur vécu capables de prendre part au débat public.

 

Emeline Baert : Comme pour tout, il faut se mettre à la place de sa cible. Quelqu’un qui pense que sur Facebook, il va pouvoir toucher un maximum de jeunes, n’a rien compris aux différences intergénérationnelles. Je trouve que l’exemple de Loïc avec Samuel Étienne est très parlant. Il a réussi en se rendant sur Twitch (la plateforme de streaming) à capter les jeunes en leur parlant de manière adéquate (sur le bon réseau, avec les bons sujets et avec la bonne manière de faire). Et pourtant les sujets étaient aussi importants et pertinents ! J’ai personnellement écouté plusieurs de ces interventions et c’était tellement intéressant. On parlait covid (forcément) mais aussi de nombreux sujets de tous les jours que l’on pouvait trouver dans la presse. Tout cela, en pouvant interagir avec lui dans le chat. Je pense que certains politiques l’ont compris puisque, par exemple, certains commencent aussi leur chaine Twitch. Tout est une question d’ego. Il faut arrêter de croire que parce qu’on a 20 ans de plus, on sait mieux ce qui est bon pour les jeunes ou pas.

 

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BIO EXPRESS

 

Emeline Baert : Etudiante en master en sciences de gestion en entreprise sociale et durable (ULiège), délégué « Climat » à l’ONU et membre du Forum des Jeunes.

 

Loïc  Perrin : Etudiant en bachelier en sciences politiques (ULiège), délégué européen au « Dialogue Jeunesse » et membre du Forum des Jeunes.

 

Simon Meert : Master en économie (Maastricht University) et en management des entreprises sociales et durables (HEC-ULiège)

Avec le soutien du Ministre de l'Economie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique.

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