Reverse Metallurgy : interview de Jacques Pélerin, "les premières usines sortent de terre"


Publié le 06-05-2021 à 13:57

Interview de Jacques Pélerin, président de Comité Exécutif du GRE-Liège. Et si une partie de la réindustrialisation de la Wallonie passait par la métallurgie d’un nouveau genre ? La technologie Multipick est passée au stade industriel. Une nouvelle étape importante est franchie.







GRE-Liège : qu’est-ce que le « projet Multipick » dont on parle et qui vient d’entrer en phase d’industrialisation

Jacques Pelerin :  C’est un projet qui est issu de la phase de recherche de la Reverse Metallurgy et que nous venons d’inaugurer en mars 2021.

Multipick a été développé dans la cadre de Reverse Metallurgy par le groupe Comet et l’entreprise Citius Engineering en partenariat avec l’ULiège. Il est capable de faire un tri intelligent automatisé. Ici tous les mots ont de l’importance.

En effet, il faut d’abord identifier chaque déchet métallique, quelle est sa nature, sa teneur en éléments (cuivre,  inox, zinc etc ). Ensuite, une fois que l’on connaît la composition, on va trier de façon intelligente c’est-à-dire que toute l’information qui se trouve au niveau des déchets va être traitée par intelligence artificielle, donc automatiquement avec peu d’intervention humaine.  On va donc pouvoir trier en continu et à des vitesses très grandes.  On parle ici d’une capacité de traiter pas moins de 20.000 tonnes de déchets métalliques par an, soit l'équivalent d'un milliard de pièces, au rythme de 16 pièces par seconde.

 

GRE-Liège : "Et concrètement, pourquoi une nouvelle vie pour les métaux est-elle indispensable ?"

Jacques Pelerin :  C’est indispensable pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il est nécessaire de préserver les minerais. Ils ne sont pas inépuisables. Cela signifie qu’il faut faire une économie des métaux. L’idée est de les récupérer dans les produits finis comme les téléphones, les voitures, les ordinateurs, les batteries électriques. Le déchet métallique devient une nouvelle source d’approvisionnement. On appelle cela l’économie circulaire.

Une autre raison est plus macro-économique car les minerais se trouvent actuellement dans des pays qui ne sont pas les nôtres. Il est de plus en plus difficile d’avoir accès aux minerais pour des raisons de géo-économie, de géo-politique. Donc c’est important d’avoir une maîtrise d’une partie des flux afin de piloter la stratégie de développement.

Ensuite, les nouvelles technologies consomment des métaux de plus en plus nombreux et de plus en plus rares. Il faut nécessairement continuer à être alimenter en métaux pour permettre le développement des nouvelles technologies, des batteries, des piles à combustibles, tout ce qui va nous permettre notamment à assurer la transition énergétique.  On ne pourra pas le faire si on n’a pas des métaux. 

Enfin, nous avons intérêt à développer l’économie circulaire càd à ramener ces matières-là dans la production locale pour les raisons d’économie au niveau régional. Non seulement, on participe au développement durable car en recyclant, on a un impact positif  sur le CO2 ; de plus, économiquement parlant, on veut être présent dans le développement des grandes évolutions technologiques futures et créer ainsi de la valeur au niveau local.

 

GRE-Liège : "Peut-on dire qu’en Wallonie, il y a une véritable « Recycling Valley » au cœur de l’Europe ?

Jacques Pelerin :  Il y a un gêne wallon de la métallurgie. La Wallonie a créé sa sidérurgie, sa métallurgie parce qu’il y avait des métaux, des minerais mais aussi l’énergie pour bâtir toute cette économie basée sur la transformation des matières premières. Nous ne voulions pas que la connaissance et les compétences disparaissent avec la fin de la sidérurgie ; nous voulions surtout construire une nouvelle métallurgie qui repose sur le principe de l’économie circulaire. 

Le GRE-Liège est parti de cette idée, puis a mis en place ses dispositifs habituels ; notamment des dispositifs d’ateliers qui permettent de réunir des partenaires industriels, scientifiques, etc, de réfléchir et d’atterrir sur des projets concrets. Le concept de la Reverse Metallurgy, est donc né à Liège au sein du GRE-Liège.

Il fallait que l’on reconstruise sur une vision du futur. La vision du futur c’est celle d’une nouvelle approche qui se base plus sur des minerais mais qui va rechercher les métaux dans les déchets. 

C’est une métallurgie nouvelle s’inspirant largement de la métallurgie existante car d’une part, nous avons la connaissance et des outils au niveau industriel et scientifique pour le faire et d’autre part, nous avons aussi les compétences au niveau économique et des acteurs qui sont déjà très présents et leaders dans leur domaine.

Je pense par exemple au groupe Hydrométal à Engis dépendant du groupe JGI Jean Goldschmidt International) qui traite des déchets venant essentiellement de l’industrie dans le monde entier. La plateforme Reverse Metallurgy donne un coup de booster à ce type d’entreprises qui veulent poursuivre leur leadership et consolider leur position en développant de nouvelles technologies. Cela permet à ces sociétés d’être au plus haut niveau de compétitivité et de position concurrentielle grâce au développement de leurs connaissances technologiques en les étayant considérablement. 

On peut tout à fait dire que la Wallonie est une véritable Recycling Valley car il y a un écosystème, un ensemble d’acteurs qui sont très performants et qui fédèrent l’ensemble de leurs connaissances pour mettre toutes les forces sur le développement de cet axe d’économie circulaire appliquée au métaux. Un bel exemple est le projet Multipick développés par Comet Traitements et Citius Engineering.

 

GRE-Liège : "Quel est le rôle du GRE-Liège et sa plus-value dans le projet Reverse Metallurgy ?"

Jacques Pelerin :  En fait, dans notre plan stratégique local, nous initions une démarche de réflexion commune sur les futurs axes de développement à haut potentiel. Donc le projet Reverse est né comme ça, d’un certain nombre de réunions que nous avons eues avec une question : « est-ce qu’il y a quelque chose à faire dans ce domaine ? ». Nous en étions tous convaincus ; le GRE-Liège a accompagné cette simple intuition en un projet très concret de création de valeurs, de coupole scientifique avec les acteurs divers.  On peut dire que l’initiation de Reverse Metallurgy s’est faite au GRE-Liège !  

Si on n’avait pas eu ce dispositif qui permet, comme il le fait dans d’autres domaines, de créer des projets structurants, on n’aurait probablement rien.

Ensuite, le GRE-Liège voulait s’inscrire dans une politique au niveau wallon et avoir le soutien du Ministre de l’Economie. Le projet de base représentait un budget de l’ordre de 80/90 millions. Nous avons reçu une partie des financements par le gouvernement wallon , l’autre partie étant apportée par les industriels.  pour construire la plateforme qui avait l’objectif de sortir des projets très concrets au bout de 5 ans.

Le GRE-Liège a joué un rôle de fondateur extrêmement important. Actuellement, on reste présent dans la gestion de ce projet.

Personnellement, j’ai une double casquette au niveau du projet Reverse Metallurgy.  D’une part, il se fait que j’en assume la gestion et mène le projet avec les autres industriels évidemment. Cela fonctionne de façon très collaborative. D’autre part, le GRE fait partie du conseil d’administration de la Reverse Metallurgy, accompagne le projet de façon à continuer de créer des liens ayant un impact pour le développement économique de Liège.  

Donc le projet Reverse Metallurgy est vraiment le type de projet qui rentre dans la philosophie du GRE-Liège :  on initie , on structure, on fait ce qu’il faut pour trouver les financements , on démarre le projet et on prend évidemment le périmètre qu’il faut pour réussir, au niveau des compétences et au niveau du financier, etc.

 

Et la suite …

Globalement, on a un projet qui a démarré en 2015 et avec une perspective de durer 5 à 7 ans. Aujourd’hui, on est arrivé à des choses très concrètes. On avait dit que l’on ferait des choses. On les a faites …même au-delà de ce qui avait été prévu. Nous poursuivons actuellement une nouvelle réflexion stratégique entamée il y a un an : en définissant de nouveaux axes stratégiques dans le domaine de l’énergie, du numérique etc. 

L’ objectif est de capitaliser sur ce qui existe et de consolider l’existant en élargissant  à des partenaires supplémentaires. Il faut pérenniser cette démarche. Le dossier est sur la table du Ministre de l’Economie qui a porté le projet avec nous au niveau du plan de relance.  

Nous attendons le feu vert de l’Europe pour mettre la suite en place.

 

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Intelligence Artificielle : Tri des métaux

Lien : https://www.rtbf.be/auvio/detail_intelligence-artificielle-tri-des-metaux?id=2748975

 

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Plan de relance / Priorité à léconomie circulaire des industries

Lien : https://www.rtbf.be/auvio/detail_plan-de-relance-priorite-a-leconomie-circulaire-des-industries?id=2762313

 

Avec le soutien du Ministre de l'Economie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique.

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